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Exhumons (1/#)

Posted in entendre, extraversion by permalinked on 09/02/2010

Les Dernières Nouvelles du Jazz, site qui fait figure de proue dans la petite flotte des sites de jazz français mais aussi de refuge pour nombre de journalistes, critiques de jazz (tant le climat côté papier est morose voir morbide …) a retrouvé sur le superbe site d’archives de l’INA une série d’émissions produites par Jean Christophe Averty nommées selon l’humeur : Grandioses, grosses, rares, sereines, bêtes, sautes, pauvres, remarquables, froides, affligeantes, glaciales, crasseuses, précieuses bêtises dîtes sur le jazz par Grosso (et parfois Modo).

13 courtes séquences sont accessibles sur le site en vidéo.

Parce que certaines sont tout simplement sidérantes, que leurs auteurs, pour la plupart inconnus du web, se doivent d’y être exposés et que le format vidéo les tient éloignées de toute indexation, les voici transcrites.

Les haineuses

Le jazz, le jazz, rabâcheur de clichés, hurleur de néant, le jazz naïf, grossier, bêtifiant, honte de notre temps, remède contre l’ivresse musicale, il est à la musique ce que sont au nectar du vin les litres de liquide qu’on ingurgite aux ivrognes pour les guérir de leurs vis.

Robert Kemp, 1958

Le jazz c’est la musique de la brute au pouce non opposable et au pied encore préhensile dans la forêt du vaudou, celle du singe livré à lui-même tombé dans tous les taillis de l’instinct, montrant sa viande à nue en tous ses bons et son coeur qui est viande plus obscène encore. Ces musiciens, ces esclaves doivent être soumis.

André Suarez, 1931

Je veux bien reconnaître qu’il faut varier les émissions et satisfaire tous les goûts mais comprendra-t-on en haut lieu qu’il faut récréer sainement instruire les auditeurs et non les saturer de musique nègre qui  diffusée à jet continu coûte si cher au budget et donc par conséquent au contribuable !

Georges Ouziot, 1948

Le jazz c’est comme les grèves, la cacophonie n’épargne personne, c’est le pays tout entier qui paye les frais du cancer.

Georges Ravaud, 1948

Il pourrait être assez curieux de voir des nègres rouler des prunelles à garde, vibrer et se trémousser au son du tango ancestral mais on ne découvre sous les dehors de ces transpaniques qu’un assez grossier chiquet et un cabotinage auquel Amstrong lui même n’échappe pas.

Lucien Rebatet, 1934

Les surréalistes

On a toujours tendance à croire que le jazz est une invention qui a pris naissance dans les bas fonds de la Nouvelle Orléans. Mais tout cela est du cinéma, le jazz est né en France et ses créateurs en sont nos grands classiques Ravel et Debussy.

Marcel Darlat, compositeur, 1948

Le caractère du jazz soviétique qui prend sa source dans le folklore de diverses régions de la Russie est plus ardi, plus moderne que les chars américains. L’avenir du jazz est lié à celui du jazz russe.

Curzio Malaparte, 1951

On voit en cette chronique parenthèse, la reprise inversée de la coupure en ce que le rejet et la refonte qui sont la marque de ceux qui l’effectuent, passent au moule d’une apposition atemporelle, figée entre le brillant et le sérieux qu’arbitre le texte même qui l’évoque puisqu’il s’en donne les deux termes. Mais ce détournement ne manque pas à se répéter au point même qu’il semble à l’évidence fonctionner dans le champ de la critique comme un concept opératoire.

Bruno Vincent, marxiste lacanien, 1969

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