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L’érotisme

Publié dans voir par permalinked le 17/03/2010

L’endroit le plus érotique d’un corps n’est-il pas là où le vêtement baille ?

Dans la perversion (qui est le régime du plaisir textuel) il n’y a pas de “zones érogènes” (expression au reste assez casse-pieds); c’est l’intermittence, comme l’a bien dit la psychanalyse, qui est érotique : celle de la peau qui scintille entre deux pièces (le pantalon et le tricot), entre deux bords (la chemise entrouverte, le gant et la manche); c’est ce scintillement même qui séduit, ou encore : la mise en scène d’une apparition-disparition.

Roland Barthes, Le plaisir du texte, pages 17-18

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Exhumons (1/#)

Publié dans entendre, extraversion par permalinked le 09/02/2010

Les Dernières Nouvelles du Jazz, site qui fait figure de proue dans la petite flotte des sites de jazz français mais aussi de refuge pour nombre de journalistes, critiques de jazz (tant le climat côté papier est morose voir morbide …) a retrouvé sur le superbe site d’archives de l’INA une série d’émissions produites par Jean Christophe Averty nommées selon l’humeur : Grandioses, grosses, rares, sereines, bêtes, sautes, pauvres, remarquables, froides, affligeantes, glaciales, crasseuses, précieuses bêtises dîtes sur le jazz par Grosso (et parfois Modo).

13 courtes séquences sont accessibles sur le site en vidéo.

Parce que certaines sont tout simplement sidérantes, que leurs auteurs, pour la plupart inconnus du web, se doivent d’y être exposés et que le format vidéo les tient éloignées de toute indexation, les voici transcrites.

Les haineuses

Le jazz, le jazz, rabâcheur de clichés, hurleur de néant, le jazz naïf, grossier, bêtifiant, honte de notre temps, remède contre l’ivresse musicale, il est à la musique ce que sont au nectar du vin les litres de liquide qu’on ingurgite aux ivrognes pour les guérir de leurs vis.

Robert Kemp, 1958

Le jazz c’est la musique de la brute au pouce non opposable et au pied encore préhensile dans la forêt du vaudou, celle du singe livré à lui-même tombé dans tous les taillis de l’instinct, montrant sa viande à nue en tous ses bons et son coeur qui est viande plus obscène encore. Ces musiciens, ces esclaves doivent être soumis.

André Suarez, 1931

Je veux bien reconnaître qu’il faut varier les émissions et satisfaire tous les goûts mais comprendra-t-on en haut lieu qu’il faut récréer sainement instruire les auditeurs et non les saturer de musique nègre qui  diffusée à jet continu coûte si cher au budget et donc par conséquent au contribuable !

Georges Ouziot, 1948

Le jazz c’est comme les grèves, la cacophonie n’épargne personne, c’est le pays tout entier qui paye les frais du cancer.

Georges Ravaud, 1948

Il pourrait être assez curieux de voir des nègres rouler des prunelles à garde, vibrer et se trémousser au son du tango ancestral mais on ne découvre sous les dehors de ces transpaniques qu’un assez grossier chiquet et un cabotinage auquel Amstrong lui même n’échappe pas.

Lucien Rebatet, 1934

Les surréalistes

On a toujours tendance à croire que le jazz est une invention qui a pris naissance dans les bas fonds de la Nouvelle Orléans. Mais tout cela est du cinéma, le jazz est né en France et ses créateurs en sont nos grands classiques Ravel et Debussy.

Marcel Darlat, compositeur, 1948

Le caractère du jazz soviétique qui prend sa source dans le folklore de diverses régions de la Russie est plus ardi, plus moderne que les chars américains. L’avenir du jazz est lié à celui du jazz russe.

Curzio Malaparte, 1951

On voit en cette chronique parenthèse, la reprise inversée de la coupure en ce que le rejet et la refonte qui sont la marque de ceux qui l’effectuent, passent au moule d’une apposition atemporelle, figée entre le brillant et le sérieux qu’arbitre le texte même qui l’évoque puisqu’il s’en donne les deux termes. Mais ce détournement ne manque pas à se répéter au point même qu’il semble à l’évidence fonctionner dans le champ de la critique comme un concept opératoire.

Bruno Vincent, marxiste lacanien, 1969

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Attention recommandée (1/#) Fred Hersch

Publié dans entendre par permalinked le 31/01/2010

fred hersch

Crédits photo : Lee Frielander pour le New York Times

Fred Hersch est pianiste.

Fred Hersch est pianiste de jazz.

Fred Hersch est pianiste de jazz depuis plus de 30 ans.

L’amérique aime les histoires de rédemption. Fred Hersch est homosexuel et séropositif depuis les années 80. La maladie a failli l’emporter il y a un an à peine, il est aujourd’hui un survivant.

Le New York Times vient de lui consacrer un article sur 6 pages dans son édition du 28 janver, une consécration.

Fred Hersch connaît une consécration tardive aux Etats-Unis, et celle-ci n’a toujours pas eu lieu en Europe.

Le constat est étonnant.

Car si Fred Hersch a passé la totalité de sa carrière à New York, son jeu, lui, est emprunt d’une grande européanéité.

Fred Hersch a été le professeur de Brad Mehldau (et cela explique beaucoup de choses d’ailleurs sur le jeu du grand Brad).

Fred Hersch est donc un pédagogue qui a marqué nombre de pianistes éclos dans le courant des années 90 : Brad Mehldau, Ethan Iverson (The Bad Plus), Jason Moran, Vijay Iyer. Il est assurément un élément central dans leur généalogie par son éclectisme, sa finesse, sa distinction, sa science de l’harmonie et du contrepoint.

Fred Hersch impressionne car il ne semble jamais improviser, tout morceau propose une continuité dans un récit sans rupture entre exposition du thème et improvisation. La musique en devient alors libérée, elle n’est plus “composée” ou “improvisée”, simplement contée avec un magnifique sens de la narration.

Fred Hersch peut être découvert en de nombreux lieux sur le web.

Déjà sur Deezer qui, proposant les enregistrements des labels Palmetto et Nonesuch, donne accès à rien moins que 9 de ses albums. On écoutera en priorité son dernier opus : Fred Hersch Plays Jobim (aussi accessible sur spotify) qui est simplement parfait et rappelle avec talent que derrière la bossa, chez Jobim il y a de sublimes mélodies (plage 3, Luiza).

Ensuite sur le site du label Palmetto où en plus des albums que l’on peut acheter en mp3 ou FLAC (compression non destructive), son duo avec le clarinettiste et saxophoniste Michael Moore est proposé à l’écoute en streaming dans son intégralité.

Enfin, le salutaire réseau radiophonique de NPR (leur section jazz & blues est un rêve éveillé par la richesse de ses contenus …) qui a filmé et enregistré le 22 juillet 2009, le trio de Fred Hersch au Village Vanguard pour son “retour à la vie”, sublimement accompagné de la dernière rythmique du grand compositeur et pianiste Andrew Hill : John Herbert à la basse et Eric McPherson à la batterie.

Evidemment, Fred Hersch possède un site bien documenté bien que ne proposant pas de morceaux à l’écoute ni de vidéo de concerts … http://www.fredhersch.com/ mais pas de myspace.

Il ne nous reste plus alors qu’à espérer que des invitations à traverser l’atlantique lui seront bientôt envoyées pour l’entendre live.

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Connexion (1/#)

Publié dans extraversion, voir par permalinked le 28/01/2010

Ai vu à quelques jours d’intervalle “Gainsbourg, vie héroïque” de Sfar et “A serious man” des frères Coen.

L’histoire d’un homme qui vit tel qu’il l’entend.
L’histoire d’un homme qui vit tel qu’on l’attend.

2 histoires sans dieu, qui face à l’absence de justifications dressent l’art comme seule issue.

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L’arnaque Nomao

Publié dans extraversion par permalinked le 28/01/2010

On entend beaucoup parler de Nomao en ce moment, entre son fondateur médiatique dans le petit monde du web2.0 (Frédéric Montagnon, aussi fondateur d’over-blog) , le caractère géolocalisé du service qui est dans les “tendances” du moment et le coup de buzz-marketing de l’application i-phone déshabillante, c’est clairement un service qui sait faire parler de lui … dans le small world dans lequel on parle de “ces choses là”.

Mais ce qui ne cesse de m’étonner c’est le silence autour de l’arnaque complète que représente ce service : payer pour obtenir des numéros de téléphone qui sont publics et donnés gratuitement sur les pages jaunes ! Alors peut être que la geekosphère ne s’est pas formalisée de la chose car lorsqu’on est un occupant assidu du web, on sait parfaitement comment contourner la chose. Mais si l’on prolonge un minimum la réflexion, on comprend que ce service ne construit ses espérances de profit que sur la crédulité d’une part de ses visiteurs, peu acculturée au web et qui paiera pour un service qu’ils auraient pu obtenir gratuitement ailleurs. Ne suffit alors à Nomao que de travailler au mieux son référencement naturel sur Google et attendre que les gogos tombent dans le panneau.

Pour parfaire le tableau, nous pourrions revenir sur la campagne de buzz marketing lancée par Nomao avec son application iphone qui vous met à nu et dont le succès est doublement désespérant : premièrement par la crédulité de tous ceux qui ont téléchargé l’appli espérant enfin voir leur concierge dans le plus simple appareil et deuxièmement de par l’esprit de la campagne qui derrière un affichage bon enfant s’appuie entièrement sur la tromperie et la publicité mensongère (agence X-Prime à la manoeuvre).

Notons enfin que l’utilisation faite par Nomao de contenus extérieurs au site doit poser problème étant donné que l’Internaute vient d’obliger le service à stopper la reprise de ses contenus sous menace de procès (via la CB Webletter).

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Carte de tendre

Publié dans extraversion par permalinked le 27/01/2010

Elle ne put pourtant être obéie, parce qu’il y eut une certaine constellation qui fit que, quoiqu’on ne voulût montrer cette carte qu’à peu de personnes, elle fit pourtant un si grand bruit par le monde qu’on ne parlait que de la Carte de Tendre.

Carte de Tendre, François Chauveau dans Clélie, Histoire romaine, première partie de Madeleine de Scudéry Paris, Augustin Courbé, 1654

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Tardologie (1/#)

Publié dans extraversion par permalinked le 26/01/2010

Si la statistique continue à faire les progrès qu’elle a faits depuis plusieurs années, si les informations qu’elle nous fournit vont se perfectionnant, s’accélérant, se régularisant, se multipliant toujours, il pourra venir un moment où, de chaque fait social en train de s’accomplir, il s’échappera pour ainsi dire automatiquement un chiffre, lequel ira immédiatement prendre son rang sur les registres de la statistique continuellement communiquée au public et répandue en dessins par la presse quotidienne.

Gabriel Tarde, Les Lois de l’imitation, 1890

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